Webzine artisanal 
jeu du colibri cette semaine ici
Webzine artisanal 
jeu du colibri cette semaine ici
Duo Covoiturage, Laure H. & Tétrao
J’aurais pu naître à New York et travailler tous les jours chez monsieur Henri Ford pour deux-cent dollars par semaine, revenir chaque soir dans une petite maison blanche et m’installer devant un poste de couleur mural qui remplacerait les livres fastidieux remplis de caractères minuscules*.
Chaque matin, je me serais réveillé facilement grâce à trois tasses de café serré et bu tout sec sans aucune confiture pour l’égayer. J’aurais troqué mon pyjama blanc à rayures bleu marine contre un costard bleu marine à rayures blanches.
J’aurais verrouillé ma porte blindée à triple tour à la même heure et minute exacte du matin.
Tous les matins j’aurais pris ma voiture, bien sûr, une Ford. Dernier modèle. Bas de gamme. Une Ford achetée à crédit comme ma petite maison. Grâce au bon vouloir de gentils banquiers. Actionnaires chez Ford.
Ma voiture, chaque année à la même date changée, pour parcourir les 500m séparant mon domicile de mon bureau.
Une fois arrivé tout frais gardon dans mon petit bureau - tout frais gardon, et un autre, garçon… en boîte de sardine, même sauce, sauf les huiles, aux étages supérieurs -, puis j’aurais ouvert le même ordinateur portable qu’à la maison, laissé en veille, avec le même fond d’écran : ma voiture et ma future… prise à crédit comme le reste, crédit de confiance, avec contrat de mariage à peaufiner, avant que de découvrir sa peau fine. Et ma promise à crédit baillerait chaque jour à m’attendre.
J’aurais passé la journée devant mon écran, même avec mon sandwich préparé par
ma boîte… de conserve. J’aurais conservé le même sourire contraint mais commercial.
Puis le soir, je serais rentré par le même trajet de 500m, en sens inverse ça me dérange mais comment faire autrement ?
J’aurais pu aller tous les samedi matin au super market remplir le coffre de ma voiture. Alors, j’aurais pu payer avec ma carte de crédit pour ne pas attendre trop aux caisses.
Le dimanche j’aurais pu aller dans les centres de loisirs éparpillés autour de la capitale. Un peu d’essence dans ma petite Ford, et à moi le grand air !
Le soir je j'aurais pu revenir dans les bouchons en écoutant Next York info. Super ! Mouton Rothschild .
J’aurais heureusement bien vite retrouvé mes écrans, et surtout celui de mon poste mural.
Ce poste mural réussirait quand même à changer de couleur et à bouger dans tous les sens, devant moi, figé, le regard fixe, la conscience assoupie, avalant toutes les couleuvres en indigestion distribuées. Je paierais ma redevance chaque année. Pour ma détente du soir. Détente comme celle d’un revolver braqué sur moi.
Oui, je regarderais hagard mon joli poste en couleur. Et surtout ne plus lire. D’ailleurs je n'aurais plus su où étaient tous mes livres. Au fond du garage sans doute. Bien serrés derrière ma voiture adorée, endormie.
Le week-end je me serais surtout ennuyé, alors j’aurais doublé les doses. Roulette russe. Le zapping.
Alors, chaque soir que Dieu fait, je me serais couché bien heureux, comme un zombi, rêvant à ma chaîne Ford, elle est si jolie.
-----------------------------
Ps : J’aurais pu naître à Paris et travailler tous les jours chez monsieur Armand Peugeot…
J’aurais pu naître à Dakar, et bosser dans un bazar « le matin au soleil », et faire le taxi « l’après midi d’un faune » couleur locale.
A Dakar, où, beaucoup de trottoirs sont de véritables bazars : installations
de bric et de broc, posées n'importe où par les vendeurs, abris précaires où s'affaire une foule de tous âges sous l'œil des vieux qui devisent assis sous une tôle ou à la porte des
maisons. Pas d'espace public protégé.

______________________________
* Yves Simon « L’homme arc en ciel »
Le 30-06-2009
Par Laure H. & Tétrao
Ma communauté, environnementale,
joueuse, poétique
Colibri Zen

et son blog participatif



Dessin de Lydie
martin
cliquer sur le dessin pour signer la pétition
Derniers Commentaires