Lettre à Antoine
Voici ma première participation:

Des photos de papillons / st-antigone
Mon ami,
Je prends la plume tout ému pour te conter mes aventures de ces derniers jours.
Tu te souviens de mon bain matinal, époux de l’aube, à la fontaine claire du village, dont je t’ai parlé dans une de mes lettres, et qui devient pour moi un rite.
Il y a quelques matins, un gracile papillon blanc est venu voleter autour de moi près de la fontaine de pierre grisée. Un fragile papillon blanc translucide, couleur de lune, qui porte dans ses ailes cet éclat de l’astre qui resplendissait tant dans le visage d’Hélène. Cette fois, c’est moi qui ai versé une larme nacrée.
Je t’évoquais nos moments de lune la veille même de cette apparition du papillon, je n’avais pas encore posté ma lettre.
J’ai poursuivi ma journée, poursuivant les chemins sablonneux et odorants de la forêt, dans le silence que les gens d’ici observent, pour que la terre les observe et les charme. Attentif je suis toujours aux bruissements et aux chants…
Le matin suivant, le papillon blanc est revenu. Cette fois, il s’est posé un court instant sur le rebord de pierre usée de la fontaine.
Cela fait maintenant plusieurs aubes, que cela continue. Mon papillon blanc revient toujours, et quand je me dévêts à la fontaine, je suis déjà en train de le chercher.
Je ne sais si c’est toujours le même, ou s’il se relaie avec ses frères. Ce n’est en tout cas jamais tout-à-fait un autre.
Je passe ma journée dans l’attente de ces moments de grâce. Et même mon chien, qui aime tant à batifoler avec les petits êtres volants qu’il aperçoit, reste sans bouger à contempler le gracile papillon de ses yeux tristes écarquillés.
Je sais que c’est un messager qu’Hélène m’envoie. Mais je ne parviens pas à décrypter son message.
Mon ami, tu vas me trouver encore plus fou que tu ne croyais.
Elle est partie, Antoine.
Je dois me le répéter encore et encore. Tourner la page, comme on dit. Mais ma vie n’est pas un livre…
Elle est partie.
Et comme l’a dit si joliment le livre avant moi : « je ne l’ai plus jamais revue, sauf dans ma tête, à chaque fois que je respire ».
Ton ami Pierre.